3 juin 2010

Le métro

Lundi. 8 h 30 du matin. Station Pigalle.
Comme chaque jour, dès la descente des premiers escaliers vers les quais du métro, avant même de franchir le tourniquet, signal de la ligne de départ de votre journée, une petite guerre se déclenche. Chaque combattant, convaincu d'être plus pressé que le voisin d'à côté.

Dans le métro, ce qui m'impressionne chaque jour, c'est la capacité physique d'un wagon. Il y a toujours de la place. Quand le métro semble plein à craquer et qu'enfin on se dit qu'il n'est plus possible que des gens entrent, il est certain qu'à la prochaine station, il y en a encore six qui, par je ne sais quelle manoeuvre de contorsion, se trouvent une place. Même s'il n'y a pas la quantité d'oxygène nécessaire pour tous, ce n'est pas grave, ce n'est que pour quelques stations après tout. Un truc, couramment utilisé, consiste à rester à l'extérieur du wagon jusqu'à se que l'alarme de la fermeture des portes retentisse. À ce moment précis, il suffit de sauter dans le wagon. Même s'il n'y a que la moitié de votre corps qui se trouve à l’intérieur, votre impact sur les gens ainsi que la pression des portes sur vous fourniront l'espace nécessaire pour que tout le monde entre. Ainsi, bien compressés, les gens n'auront même pas besoin de se trouver un point d'appui; on devient en quelque sorte, un point d'appui humain. N'est-ce pas merveilleux?

Dans cette autoroute gérée par un système où les gens se fraient un chemin de façon apparemment instinctive, on repère assez rapidement le novice; le non parisien. Même s'il n'arbore pas une carte de métro dépliée comme s'il allait à tout moment bâtir un chapiteau, ou encore qu'il ne revête pas un pull avec un imprimé de la tour Effeil version miniature, on le reconnaît de loin par ses caractéristiques flagrantes: il sourit, fait preuve de politesse et laisse passer les gens devant lui. S’il ne s'adapte pas assez rapidement, il ne survivra pas. S'il y a une chose que les gens d'ici savent, c'est que dans le métro, c'est chacun pour soi. Il faut être extrêmement vigilant et ne pas se laisser distraire par quoi que ce soit. Chaque minute compte, un instant de trop à regarder une pub et hop, on se fait passer devant par le premier venu. Résultat, on se prend quinze minutes de retard.

Pour remporter la bataille, il ne suffit pas d'être fort: il faut être rusé. C'est pourquoi il est important d'élaborer une bonne stratégie. C'est ici que l'on distingue un bon usager du métro, d'un mauvais. L'expert sait optimiser son itinéraire. Il sait que la notion de temps est primordiale: partir deux minutes plus tard ou plus tôt de la maison fait toute la différence; il se tient très près des rails; il apprécie même la sensation de son nez qui effleure les parois du métro lorsque celui-ci arrive. Ainsi, il est le premier à monter. Il sait que chaque ligne a ses particularités et c'est pourquoi, il ne laisse jamais au hasard le choix de son wagon. Il sait choisir entre un wagon de tête ou de queue, en fonction de la prochaine sortie, mais surtout, il sait choisir son wagon en fonction des gens qui s'y trouvent déjà. D'un rapide coup d'œil, il scrute les gens, wagon par wagon, et arrête son choix sur celui qui lui semble le meilleur compromis. Il évite les personnes à l'hygiène douteuse, les dames avec des enfants qui se mettront à gueuler après le premier passant qui effleure leur enfant et surtout, les musiciens du métro, question de ne pas entendre, pour la centième fois, «La bohème». Et tout cela, sans parler des pannes et des grèves.

Quand vous habitez à Paris, le métro est une grosse partie de votre quotidien. Même si vous l’avez intégré à votre routine, il ne faut jamais baisser la garde; un moment d'inattention et l’on se retrouve vite le nez pris directement sous le bras d'un ouvrier qui, clairement, a travaillé fort toute la journée. Et je vous le jure, on ne s’y fait prendre qu'une seule fois.

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