3 juin 2010

Pigeons parisiens

Chaque jour, sur la place du Sacré-Coeur, dès les petites heures du matin, un nombre incalculable de pigeons s'activent. Dans leurs petits costumes gris, ils font leur drôle de danse, épiant les touristes qui passent. L'oeil averti, ils sont à l’affût du premier imbécile qui, fasciné par la basilique du Sacré-Coeur, échappera son goûter à terre. Tout bêtes, ces volatiles font les quatre cents pas, l'air heureux et ne semblent pas se rendre compte que, depuis des mois, le soleil se fout de Paris. Parce qu'à Paris, en hiver, il fait toujours gris. Gris, gris, gris. Gris bitume, gris métal, gris comme le premier cheveu gris que l'on se précipite d’arracher ou mieux, de teindre. Gris comme les nuages, pas de ceux qui prennent la forme de lapin ou d'ours. Non. Ceux qui annoncent le mauvais temps: gros, incontournables, indélébiles. Gris comme la déprime. Sans lumière, sans contraste, pantone 430C, gris corporatif. Gris qui vous fait plisser les yeux, qui vous donne le teint blanchâtre.

Monsieur Pigeon, lui, ne se plaint pas, ne raconte jamais que cet hiver est pire que le précédent ou que l'autre d'avant, ou que…, enfin. Il se complaît dans Paris, ville d'abondance. Il ne connaît pas la déprime hivernale. Il n'a pas besoin de vitamine A, B ou C, de zinc ni de fer pour être heureux. Car monsieur Pigeon sait. Il sait qu'il ne faut pas attendre que les beaux jours reviennent pour être heureux, qu'il faut vivre au jour le jour, ne sachant pas ce que demain apportera; crêpe, sandwich jambon beurre ou croissant. Beau temps, mauvais temps, Monsieur Pigeon danse et mange, digère et dort. Il roucoule. La vie est belle.

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